lundi 19 octobre 2009

Obama, les 21 ans d'Al-Quaïda et le Maghreb


Fondée en août 1988 par un serment d'allégeance à son Emir Oussama Ben Laden, Al- Qaïda a fêté ses 21 ans ! Mais y a-t-il une vie pour Al-Qaïda après Obama ? se demande Jean Pierre Filiu, professeur associé à Sciences Po, l’un des meilleurs analystes français du monde arabo-musulman qui donnera le 21 octobre prochain à l'Université Groupama une conférence sur les forces et les faiblesse du Maghreb. Il vient de publier chez Fayard Les Neufs Vies d’Al-Qaïda. Il y retrace l’histoire du réseau terroriste, raconte comme "la base" a réussi à tisser sa toile planétaire à partir du Soudan, décrit sa montée en puissance en Irak après la chute de Saddam Hussein, l'intervention américaine ayant réveillé les vieux démons d'un millénarisme revendicatif, enfin les campagnes d’attentats en Europe et au Maghreb.

Rappelons quelques dates de ses méfaits au Maghreb :
- en avril 2002, attentat contre la synagogue de Djerba (21 morts),
- en mai 2003, série d'attentats suicides à Casablanca (45 morts),
- en janvier 2007, naissance d'Al-Qaïda au Maghreb Islamique et attentats suicides à Alger en avril et en décembre (30 et 41 morts) ; assassinat de 4 touristes français en Mauritanie,
- en août 2008, nouveaux attentats en Algérie (45 et 12 morts),
- en août 2009, attentat manqué contre l'Ambassade de France en Mauritanie.

En Europe :
- en novembre 2003, attentats à Istanbul (63 morts),
- en mars 2004, à Madrid (191 morts),
- en juillet 2005, à Londres (56 morts),
- en août 2006, démantèlement au Royaume - Uni du "complot transatlantique" et
- en septembre 2007, en Allemagne d'une cellule terroriste liée aux Ouzbekes,
- en juin 20009, attaques verbales d'Al-Qaïda au Maghreb Islamique contre la France accusée d'être "la mère de tous les vices".

Mais les choses sont peut-être en train de changer. Car pour Jean Pierre Filiu, «le triomphe de Barack Hussein Obama a pris de cours la hiérarchie d’Al-Qaïda, en sapant les évidences de sa propagande». Il convient, certes, d’être prudent. L'universitaire rappelle qu’Al-Qaïda, comme les chats, dit-on, a déjà eu plusieurs vies : 9 en 20 ans ! L'organisation a su ainsi se relever complètement après avoir dû disperser ses troupes à deux reprises, dans les années 1990 d'abord après avoir quitté le Soudan chassée par les autorités locales, puis après les attentats du 11 septembre 2001 et la chute des talibans en Afghanistan, en se réfugiant à la frontière pakistanaise.

Les partisans du «djihad mondial» sont aujourd'hui de plus en plus isolés du monde arabe et l’organisation, repliée dans son sanctuaire des zones tribales pakistanaise, se bat pour sa survie. Son projet est train de perdre son pouvoir hégémonique car il se heurte à la résistance des réalités nationales et religieuses. Enfin, élitiste, cette "avant-arde sans frontière" a toujours refusé et été incapable de créer un mouvement de masse.

Qu’en sera t-il demain ? Pour J-P Filiu, 3 scénarios sont possibles : disparition progressive d’Al-Qaida, éclatement en groupuscules de plus en plus détachés de l'Islam ou «pakistanisation» qui la retournerait contre les hindous, loin de la genèse du conflit : la présence américaine dans les lieux saints et la lutte contre Israël. Sauf si Israël ou les Etats-Unis en attaquant l’Iran offraient à Ben Laden une "divine surprise" et l’opportunité de rebondir une 10ème fois en offrant à ses réseaux de nouvelles possibilités de recrutement contre "les juifs et les croisés".

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