mardi 13 octobre 2009

La taxe Carbone, l'argent contre l'absenteïsme à l'école et la crèche d'Haïfa.


Jean Marc Daniel, directeur de la revue Sociétal, la revue de l’Institut de l’entreprise, professeur d'économie à ESCP-Europe, qui donnera une conférence à l'Université Groupama le 23 novembre sur la sortie de crise, fut un des premiers à être sceptique sur l'efficacité de la taxe Carbone. Il explique pourquoi grâce à la "parabole de la crèche de Haïfa", une histoire vraie :

A Haïfa, le maire et le responsable syndical se détestent cordialement, bien que du même parti ou sans doute à cause de cela. La mairie a créé une crèche que le responsable syndical va s'employer à utiliser comme arme contre la mairie.
Alors que les parents doivent venir chercher leurs enfants le soir avant 17h, le personnel se plaint de ce que, certains jours, un ou deux parents se présentent avec dix ou quinze minutes de retard.
Le maire, pour éviter que ce phénomène ne prenne de l’ampleur, fait distribuer un court texte rappelant que la ponctualité fait partie des éléments constitutifs de la vie en société. Et de fait, le nombre de retard se réduit.
Mais le personnel continue à se plaindre de deux ou trois irréductibles.
Le maire décide de prendre le taureau par les cornes et arrête que les parents paieront une amende selon un barème progressif par heure de retard. Toucher au portefeuille devrait être selon lui un moyen suffisamment dissuasif.
Le résultat obtenu fut exactement le contraire de celui qui était attendu : la crèche fut pleine jusqu'à des heures indues ! En fait, les parents ont jugé que payer l'amende leur coûterait moins cher que d'avoir à garder les enfants à la maison. En plus, payer l'amende leur donne bonne conscience et justifie leur incivisme : puisqu'ils paient, la municipalité peut bien étendre les plages horaires de la crèche...

De même, dit Jean Marc Daniel, le pollueur poussé à une certaine discipline par sa prise de conscience des problèmes de l’environnement, se trouve libéré de toute contrainte morale dès lors qu’il devient payeur sur la base d’une évaluation faite par l’Etat. La taxe écologique gomme la référence citoyenne et annihile la prise de responsabilité éthique. Pour les économistes, les bonnes intentions fiscales se retournent souvent contre ceux qui les usent et en abusent.

On peut étendre le même raisonnement au projet de Martin Hirsch de prime d'assiduité scolaire (1). On a alors un syndrome de la "crèche d'Haïfa" inversée : en choisissant de verser une prime (et non de supprimer les allocations familiales ou de faire payer une amende (2) !) pour lutter contre l'absentéisme à l'école, on peut obtenir tout aussi sûrement le même effet contraire à celui espéré : en l'absence de toute contrainte de résultat scolaire et de toute sanction effective, beaucoup risquent de jouer une variante de la crèche d'Haïfa scénarisée par Woody Allen : "Prends l'oseille et tires-toi !" Amende = crèche pleine et Allocation = école vide ?
Pas plus qu'on ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments, on ne fait pas de bonne politique économique !

(1) 3 lycées professionnels de l'Académie de Créteil octroient une allocation destinée à financer des projets éducatifs versée sous condition d'assiduité aux cours. Rappelons aussi que la prime d'assiduité existe encore dans certaines entreprises et a été supprimée il y a quelques années à Groupama !
(2) En 2002, la lutte contre l’absentéisme est inscrite parmi les objectifs de la loi sur la sécurité intérieure. Le principe de la suspension des allocations familiales est supprimé. au profit d’une amende de 4e classe (750 €) afin de sanctionner plus sévèrement le non respect de l’obligation scolaire. On serait curieux de connaître combien d'amendes ont été infligées et quel est l'impact de cette disposition apparemment toujours valide.

lundi 5 octobre 2009

"Et moi, et moi, et moi " : Travail et individualisme.


En 1967, Jacques Dutronc chantait "2 milliards de petits chinois et moi, et moi, et moi ..."

A l'époque, cette chanson se moquait des engagements politiques de la génération qui allait devenir un an plus tard plus connue sous le nom "soixante-huitarde". Ce qui était une chanson ironique d'un artiste individualiste semble devenu le cri de ralliement de la génération actuelle. Elle était en quelque sorte prémonitoire !

Selon Jean-Emmanuel Ray, professeur de droit du travail à Sciences Po et à la Sorbonne, nous assistons à une double crise du pouvoir : crise de l'autorité et crise de la représentation.

La crise de l'autorité est générale : crise de l'autorité parentale, crise de l'autorité professorale (aujourd'hui quand on dit "maître", on pense à maître-chien !) et crise intellectuelle (il n'y a plus de maîtres à penser et s'il y en a, ils sont dénoncés vivement). Aussi n'est-il pas étonnant que pour les jeunes générations tout se négocie - cf d'où les formations 1 soir 1 jour sur la négociation - et qu'il n'y ait pas d'autorité qui ne doive se justifier, se démontrer. On est passé d'un monde où l'autorité était acceptée quasi -militairement "sans hésitation et sans murmure" à un monde où tout passe par la communication et la démonstration.

Cette crise se double d'une crise de la représentativité : syndicale ou politique, toute autorité est contestée et pire débordée. D'où en contrepartie de la faiblesse de la représentativité des syndicats, des partis politiques, la montée de mouvements "autonomes", des grèves "sauvages", du nombre des abstentionnistes aux élections, des initiatives de "votation populaire" ou des actions "spontanées" coordonnées sur le net.

En conclusion, selon J- E Rey, le droit du travail semble connaître une grande remise en cause : fondé sur un lien de subordination qui caractérise l'entreprise, est-il appelé à disparaître et à être remplacé par le droit civil contractuel entre citoyens égaux et responsables ? Va-t-on passer de l'Etat de Droit à l'état des droits ?

mardi 29 septembre 2009

Le Travail reste-t-il une valeur ?


Et si votre contrat de travail se transformait en contrat de mariage ?

Ce sous-titre d'un film américain qui vient de sortir est-il involontairement révélateur de la valeur variable accordée au travail selon les pays ?

Un des paradoxes sur la valeur travail que soulignent les enquêtes internationales est le suivant :
La France est un des pays où la durée de travail est la plus faible du fait de la législation sur les 35 heures auxquelles s’ajoutent des congés payés importants sans compter les jours de grève. Or la France est aussi le pays où l’attachement au travail est le plus élevé : l’idée qu’il est un facteur clef d’épanouissement personnel y est très développée. Cela tient à ce que Philippe d’Iribarne, intervenu à une conférence de l’Université Groupama en 2005, a appelé la logique de l’Honneur. Les Français semblent marqués par la logique pré-industielle à la fois aristocratique et artisanale du travail bien fait. Notre système d’enseignement méritocratique et élitiste n’est sans doute pas non plus étranger à un état d’esprit individualiste : être le meilleur.

Toujours est il que le travail lui-même est en pleine évolution : de plus en plus dématérialisé et collectif, anonyme et transversal, renouvelé et transformé sans cesse, infini et immatériel, il ne procure plus ce sentiment individuel de certitude apaisée et de récompense que donnait le produit concret fini.

En outre Philippe d’Iribarne montrait bien que la logique de l’Honneur s’oppose à celle du service à la clientèle. Le produit doit être le meilleur possible techniquement, tant pis si le client n’y comprend rien ou n’est pas satisfait : c’est à lui à s’adapter ! Or nous sommes passés à l’industrialisation des services de masse où le service à la clientèle doit être en même temps de plus en plus personnalisé et individualisé. Tel est l’enjeu et la difficulté.

D’où ce sentiment de malaise particulièrement sensible en France car il se double d’une crise que traverse l’attachement à l’entreprise. Les Français qui ont longtemps mis en doute la légitimité de l’entreprise sont en contrepartie d’autant plus attaché à leur métier. Or il n’est plus de métier stable pas plus que d’entreprise pérenne pour la vie.

Les générations XY 2.0 ont bien compris ces changements : elles semblent moins attachées au travail et à l’entreprise car elles privilégient leur vie privée. Mais elles sont aussi plus exigeantes sur les conditions de travail car elles privilégient leur carrière qu’elles ne considèrent plus comme attachée à une entreprise à vie.

Sont-elles alors si différentes des générations précédentes ? La valeur du travail reste aussi forte mais elle n’est plus attachée à une seule entreprise. Cela peut conduire à la création de sa propre entreprise, au télétravail voir à l’expatriation …

Au fond ce qui est en jeu, c’est la notion de fidélité : quand le client lui-même est infidèle, quand le consommateur zappe et choisit le moins cher au détriment de l’emploi national, pourquoi les jeunes salariés seraient–ils fidèles à leur entreprise nationale, a fortiori internationale ?

Pour comprendre ce « malaise dans la civilisation » qui n’est pas propre à la France mais que les Français, toutes générations confondues, ressentent peut être d’autant plus fortement qu’ils restent attachés à la notion de travail bien fait et épanouissant, on a besoin d’un cadrage plus large que les simples études sur la valeur travail, fussent–elles internationales.

Vu sous un grand angle sociologique, ce qui est en cause, c’est la notion de contrat. En dehors du contrat de travail, le contrat le plus important est le contrat de mariage. Or ce dernier est mis à mal non par le divorce parce que le divorce en général remplace un contrat par un autre mais par la pratique de plus en plus répandue du concubinage ou du PACS qui supprime ou atténue l’engagement contractuel. Pourquoi les jeunes Français qui répugnent à s’engager à vie avec une seule et même personne, s’engageraient-ils à vie avec une seule et même entreprise ? C’est la notion elle même toute entière de Contrat social qui s’affaiblit devant la montée des individualismes, des communautarismes et des incivilités.

On voit en fait, malgré la mondialisation apparente, combien les variables culturelles sont déterminantes pour expliquer des phénomènes en apparence identiques. Ainsi, aux Etats-Unis, la rupture du contrat de travail est aisée de même que le divorce : on se remarie facilement comme on retrouve en principe facilement un nouvel emploi et employeur. En France, au contraire, on dénonce la précarité professionnelle tout en l’érigeant en règle de vie privée ! En fait ce qui pose problème, c’est le D de CDD, le D de Déterminé. Gageons que si le PACS avait été un CDD, il aurait soulevé des boucliers de protestation au lieu d’être le succès que l’on sait. Quand la recomposition professionnelle sera-t-elle admise comme les familles recomposées ?

lundi 14 septembre 2009

Crise = Opportunités ? Un poncif du management !


Maurice Thévenet, lors de sa conférence donnée à la dernière Convention RH de Groupama, consacrée à la gestion de crise, déclarait avec beaucoup de bon sens qu'un lieu commun des discours sur le management est de gloser sur la capacité d'adaptation des Chinois en énonçant que "crise" en chinois signifie "opportunité" ce que personne ne peut en général vérifier !
Qu'en est -il exactement ?

Comme bien souvent en chinois, les noms communs sont composés de deux caractères. Crise en pin-yin se dit "wei-ji".
Le premier caractère wei a le sens de danger.
Le second caractère ji a plusieurs sens :
1. machine
2. avion
3. occasion / chance

On peut raisonnablement éliminer les deux premiers sens ! Le mot "crise" en chinois est donc composé de la juxtaposition des deux caractères danger et occasion/chance. Cet idéogramme ne signifie pas non plus "opportunité", ce dernier mot s'écrivant différemment. Seule une forme du mot opportunité comporte le même caractère chance, aucune ne comporte le sinogramme danger.

Revenons donc au mot crise. Comment interpréter cette juxtaposition ? L'ordre chinois des caractères est déterminant. ll faut donc comprendre cette juxtaposition dans le mot crise comme étant une occasion (chance au sens anglais) d'un danger, en clair la survenance, l'occurrence d'un danger, mais aucunement le danger qui se transforme miraculeusement en chance !

Au contresens linguistique chinois s'ajoute donc pour les Français un autre contresens en anglais car le mot y est neutre et a le sens de hasard, possibilité.

La métaphore était jolie mais, bien que largement colportée, elle ne tient pas l'analyse linguistique. Elle semble faire partie des "belles histoires" qui se propagent dans les séminaires de politique ou de management multiculturels... Comme le signale le Washington Post après un discours de Condoleezza Rice au Proche-Orient : Victor H. Mair, a professor of Chinese at the University of Pennsylvania, has written on the Web site http://pinyin.info, a guide to the Chinese language, that "a whole industry of pundits and therapists has grown up around this one grossly inaccurate formulation." He said the character "ji" actually means "incipient moment" or a "crucial point."Thus, he said, a "wei-ji "is indeed a genuine crisis, a dangerous moment, a time when things start to go awry."
http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2007/01/18/AR2007011801881.html

Ce qui est intéressant dans cette histoire, c'est que l'interprétation positive est d'autant plus crédible qu'elle est conforme aux stéréotypes que l'on se fait des Chinois. On les imagine volontiers comme des êtres indifférents à l'adversité, capables d'une grande souplesse et de rebondissements grâce au Ying et au Yang... par rapport à nous autres pauvres occidentaux, rigidifiés et culpabilisés par 2000 ans de dogme judéo-chrétien. Crise = douleur et punition chez nous !

Si la Chine sort renforcée sur la scène internationale à l'issue de cette crise (ce qui reste à prouver), ce sera probablement plus pour des raisons liées à la politique économique volontariste puissante de ses pouvoirs publics, donc à l'ampleur des moyens financiers mis en jeu (1) que par une quelconque prédisposition culturelle à transformer toute crise en opportunité.

"Crise = opportunité en Orient" est à reléguer au rang des mythes orientaux dont l'Occident est friand depuis Voltaire faisant du gouvernement autocratique chinois un modèle de despotisme éclairé jusqu' à la Révolution culturelle tant admirée par certains de nos intellectuels...

(1) à noter que selon Stiglitz, l'impact de l'investissement contra-cyclique du gouvernement américain est affaibli de moitié du fait de ses structures fédérales... L'Europe sans doute également.

mercredi 2 septembre 2009

Le Lego, outil performant de pédagogie pour adultes.



Le lego évoque en général un jeu d’enfants composé de briques élémentaires de couleurs vives à assembler. Saviez –vous que c’est une invention danoise? Le nom de la société fut créé par Ole Kirk Christiansen en 1934, à partir des mots du danois leg godt, signifiant «joue bien» (et non pas du latin comme on pourrait le faire supposer !) Charpentier à l’origine, il se mit à fabriquer des jouets en pièces détachées pour réduire les coûts. En 1949, il commença à produire ce qui a fait son succès mondial : des jouets modulaires composés de briques en plastique à « plots ». Ces éléments étaient révolutionnaires comme souvent les idées simples car ils pouvaient être assemblés et verrouillés ensemble et désassemblés tout aussi facilement.

Dans les années 60, s’apercevant que les éducateurs utilisaient le lego pour développer la créativité et la capacité à résoudre des problèmes, la société créa un département spécifique Lego Dacta. Fort de ces expériences, avec l’aide de la Business School de Lausanne, elle a peaufinée une nouvelle méthode Lego Serious play qui s’est adressée ces dernières années avec de plus en plus de succès au marché de la formation professionnelle.

Elle rencontre ainsi un fort courant pédagogique qui s’est renforcé récemment en faveur des méthodes ludiques dans l’enseignement des adultes et non plus seulement des enfants.

«Le jeu est un des seuls outils qui permettent de toucher à l'émotionnel, indispensable pour accompagner un processus de changement : projets complexes, transversaux..., estime Chantal Barthélemy-Ruiz, professeur en sciences du jeu à l'université Paris-Nord. Il fait sauter des blocages irrationnels, aide le salarié à prendre confiance en lui.»

Les essais sont moins pénibles et l'échec moins grave. Les joueurs sont plus créatifs que dans leur quotidien de travail. Pour ressouder les équipes commerciales, encourager à faire usage de son imagination ou inciter à ranger son bureau, pour créer de la cohésion et lever les non–dits, rien de mieux que la construction de projets en Lego. Il est en un révélateur puissant du mode de fonctionnement d’une équipe ou d’un service.

«Il s'agit de faire passer des messages qu'on ne peut transmettre par la parole, analyse Gérard Foy, consultant indépendant spécialisé dans le jeu. Alors que les discours ne s'adressent qu'au cognitif, le jeu en appelle, par la manipulation d'objets, au sensoriel, à l'engagement du joueur, à son vécu : le salarié est actif lors de son apprentissage, meilleur moyen de mémoriser l'information.»

Gadget? Au pays de Descartes, le jeu a encore du mal à être pris au sérieux, à la différence des Etats-Unis et de l'Allemagne, où le Lego est fort répandu.

Cependant des entreprises aussi différentes que la SNCF, Shell ou Cap Gemini Ernst & Young ont fait appel au Lego serious play depuis plusieurs années et font « plancher » les cadres sur les fusions-acquisitions à venir, sur le bouclage d'un prochain business plan, la restructuration des réseaux…

«Il subsiste en France l'idée qu'on doit apprendre en souffrant. Que le jeu et le travail s'opposent, analyse Chantal Barthélemy-Ruiz. On oublie que les puzzles servent depuis longtemps à enseigner la géographie et que, dans l'Antiquité, on s'appuyait déjà sur les jeux de cartes pour divulguer les connaissances...»

Et pourtant n’est–ce pas Descartes qui, dans son fameux « Discours de la méthode pour bien conduire sa raison » stipulait qu’il fallait établir « un ordre de pensées, en commençant par les plus simples jusqu'aux plus complexes et diverses, et ainsi de les retenir toutes et en ordre » ?

Pour en savoir plus, consultez le dossier de la prochaine formation Un Soir Un Jour « Vivre le leadership et le management multiculturel avec LEGO » ici.

mercredi 1 juillet 2009

Le cerveau n'entend pas la négation


Nos émotions commandent-elle notre raison ou notre intelligence doit-elle effacer nos sentiments ? On sait qu'après avoir essayé de mesurer l'intelligence par le Quotient Intellectuel, très controversé, les scientifiques ont étudié le QE, le Quotient émotionnel. Or la bonne gestion des émotions contribue à la performance de notre intelligence individuelle et collective.

Roland Jouvent, Directeur de recherche au CNRS, a créé le "Centre Emotions" de la Salpêtrière et est intervenu lors de la dernière formation 1 soir 1 jour "Profession manager : passer de l'athlétisme au championnat olympique". Cette formation a rencontré un très vif succès. Voici quelques extraits issus de ses dernières recherches sur la science du cerveau qu'il nous a livrées :
"Ne cours pas" dit la mère à son enfant. En général, celui-ci aussitôt accélère... Dire "N'ayez pas peur" est en général le meilleur moyen d'effrayer. Pourquoi ? Car le cerveau naturellement n'entend pas la négation. C'est pourquoi si vous voulez être obéi rapidement et efficacement, n'employez pas la forme négative :"Marche lentement" ou "Restez calme".
Mieux encore, exprimez votre calme ou votre autorité par votre posture ou votre gestuelle qui sont beaucoup mieux comprises que le langage verbal par notre cerveau émotionnel.
Plus surprenant, notre cerveau ne fait pas de différence entre la réalité et l'illusion. Si vous regardez une personne ou si vous imaginez sa présence, vous mettez en jeu les mêmes neurones et les mêmes zones cérébrales. Ce sont les dernières découvertes de Jeannerot en 2002.
A peine âgé de 15 minutes, un nouveau né commence à imiter sa mère. Nos propres illusions dépendent du milieu dans lequel nous avons été élevés. Un chat qui a été élevé dans un milieu sans verticales ne pourra plus jamais les percevoir lorsqu'il aura dépassé 12 mois. Notre suprématie, c'est d'être humain, de savoir reconnaître notre environnement et gérer nos émotions, pas d'être intelligent. Sur ce plan, un ordinateur pourra toujours nous battre. La performance humaine et managériale repose donc sur la confiance en soi, l'expertise alliée à l'entraînement et à la stabilité émotionnelle.
Notre cortex automatise nos émotions et cet automatisme qui est une économie de temps, devient facteur d'inhibition avec l'âge. L'anxiété liée au souvenir du passé ou à la peur de l'avenir est en général facteur de blocages principaux qui conduisent à l'échec. La solution est de se concentrer sur le présent. Ainsi les personnes âgées soignées à la Salpêtrière qui ont peur de tomber, tombent en général parce qu'elles sont focalisées sur l'avenir, à savoir le but à atteindre ou le passé, c’est-à-dire le souvenir d'une précédente chute, au lieu de regarder où elles posent leurs pieds… Un exemple à méditer pour la conduite de projet?
Nos quatre adversaires sont donc :
Le conditionnement, le poids des habitudes
La pression des exigences quotidiennes et simultanées, des délais et des résultats
Le regard de l'autre
La fatigue, la mauvaise gestion de son énergie

Des réactions ? Des remarques ? Vous pouvez commenter cet article ci dessous ou envoyer vos remarques à jean-alain.rault@groupama.com

Pour en savoir plus :
Le cerveau magicien, Roland Jouvent, Odile Jacob, 2009
Voyage extraordinaire au centre du cerveau, Jean-Didier Vincent, Odile Jacob 2008
La décision, Alain Berthoz, Odile Jacob, 2003

lundi 15 juin 2009

Récession : sommes nous en 1929 ?


"On a tout dit sur la crise bancaire, ou presque. Et que de bêtises ! Cette crise n’est pas une crise des « subprimes » mais une crise, bien plus globale, de la titrisation. "
A cette question lancinante," La crise financière qui entraîne la récession économique débouchera-t-elle sur des troubles sociaux et politiques, comme le monde en a connu pendant 10 ans, après le krach boursier américain de 1929 ?", il est intéressant de se rappeler la réponse de Jean-Marc Sylvestre et Olivier Pastré, Professeur d'économie à l'Université de Paris VIII, Président de la banque IM Bank (Tunis), et membre du Cercle des économistes, intervenant bien connu à l'Université Groupama :

"On a tout dit sur la crise bancaire, ou presque. Et que de bêtises ! Cette crise n’est pas une crise des « subprimes » mais une crise, bien plus globale, de la titrisation. Cette crise n’a rien à voir avec la crise de 29, car elle a éclaté dans le cadre d’une économie mondiale en croissance très vigoureuse. Mais cette crise n’est pas non plus une crise comme le monde en a connu à répétition depuis plus de 20 ans, de celle des « savings and loans » américaines à la fin des années 80 à la bulle Internet au tournant du millénaire. Car la crise actuelle est une crise globale, qui touche tous les pays et tous les recoins de la « planète Finance ». La responsabilité de cette crise ne peut donc être imputée de manière exclusive à aucun agent économique en particulier, pas plus les agences de notation que les Banques centrales ou les banques elles même. Renonçons donc au confort intellectuel de la désignation de tel ou tel bouc émissaire et regardons la réalité en face. Cette crise est une crise globale qui tient à une difficulté majeure à évaluer le risque financier aujourd’hui et qui éclate dans une économie mondialisée, déséquilibrée (déficits américains, excédents des pays émergents…) et surliquide.

Alors, on peut évidemment attendre que les mécanismes de marches opèrent le rééquilibrage selon des logiques que l’on connaît bien. Les restrictions de crédit vont générer un ralentissement de l’activité qui commandera une baisse de la demande de financement, ce qui permettra aux banques de se refaire une santé. La hausse du prix du pétrole freinera la consommation ou poussera les investisseurs vers des énergies alternatives… Plus important encore, toute crise majeure a pour effet d’éliminer du jeu ceux qui ont pris trop de risques et qui ont été irresponsable. Le système n’a pas a faire de morale, les acteurs du système doivent eux avoir un comportement moral. Le système n’a pas à être responsable, les acteurs du système eux doivent être complètement responsable.

On peut dons attendre que le jeu du marché contribue a retrouver un équilibre de croissance. Le problème c’est que le rééquilibrage sera long et douloureux. Les faillites bancaires. Les restrictions de crédits ont déjà fait des millions de victimes. Les autorités politiques ne peuvent pas accepter les conséquences sociales d’un tel désastre. C’est pour cette raison qu’elles ont, elles, la responsabilité d’améliorer le fonctionnement du système par des règles du jeu plus claires et mieux adaptés a la mondialisation.

Et ce qui est le plus grave aujourd’hui, un an après l’éclatement de la crise, ce n’est pas tant les erreurs de diagnostic, ce n’est pas tant les interventions massives pour éviter les catastrophes que l’absence de propositions. Oh ! Il y a bien en çà et là quelques « réformettes » et quelques velléités de mise à plat du système. Mais ce qui a été fait en un an n’est pas à la mesure des dysfonctionnements que cette crise a révélé et nous conduit donc tout droit, et à une vitesse croissante, dans le « mur » de la récession. Face à une telle situation, il est neuf réformes au moins qu’il faut mener en parallèle et non séquentiellement :
1) La refonte par les banques de leurs grilles de rémunération et de leurs procédures de contrôle interne.
2) La création rapide d’un superviseur bancaire européen.
3) L’élargissement du périmètre de régulation, de sorte que tous les acteurs financiers qui prennent des mêmes risques soient soumis aux mêmes règlementations.
4) La réforme du cadre réglementaire s’imposant aux agences de notation et aux « hedges funds ».
5) La migration progressive des marchés de gré à gré vers une plus grande centralisation et des produits de titrisation vers une normalisation plus rigoureuse.
6) La redéfinition des missions du FMI, pour faire assumer à celui-ci les fonctions de coordination, à l’échelle mondiale, des politiques monétaires et de mise en cohérence des régulations financières.
7) le contrôle progressif des paradis fiscaux, notamment en matière de transparence.
8) L’ouverture aux pays émergents de la gouvernance de l’économie mondiale, ce qui passe par une remise en cause du G7.
9) l’adaptation des normes comptables (IFRS) et prudentielles (Bâle II) aux enseignements tirés de la crise actuelle.

Ces neuf réformes ne sont ni de Droite ni de Gauche, ni libérales ni « colbertistes ». Elles sont de simple bon sens. Pour faire en sorte que l’économie de marché se remette à faire ce qu’elle sait faire mieux que tout autre système, à savoir créer de la valeur, sans se transformer en une machine à générer des inégalités et des exclusions.

Nous ne sommes pas en 1929. Nous sommes en 1492. Aux frontières d’un Nouveau Monde. "

En mesurant ce qui a été réalisé jusqu'à présent par rapport à ce qui est préconisé par JM Sylvestre et O Pastré, il semble que, malgré certains pas en avant, nous sommes encore loin du compte ! C'est une tâche internationale qui demandera beaucoup de temps, de persévérance et de patience. Les gouvernements et les acteurs économiques en seront-ils capables ?

lundi 16 mars 2009

Pourquoi l'Université Groupama aime le Prix Turgot !


Créé par l’Association des anciens élèves de l’Institut de Haute Finance, et placé sous le haut patronage du Ministre des finances, le prix Turgot du meilleur livre d’économie financière est présidé par Michel Bon. Il est décerné chaque année dans les salons du Sénat sous l'égide du Sénateur Philippe Marini, rapporteur du budget. La cérémonie du Palmarès est devenue, au fil des années, le grand rendez-vous des professionnels de la finance : environ 500 personnalités de l’économie, des universités, des entreprises, des banques et de la finance y participent. Le jury est composé de 22 éminents acteurs de l'économie financière et le prix a été proclamé le 13 mars par Christine Lagarde.

André Levy Lang, conférencier bien connu à l'Université Groupama et membre de la Fondation du risque, fut le lauréat du 20ème Prix pour "L'Argent, la Finance et le Risque" tandis qu'Alan Fustec qui est intervenu à plusieurs reprises pour des formations 1 soir 1 jour très réussies, recevait le Prix spécial du jury pour son livre "Valoriser le capital immatériel de l'Entreprise".

Cette année le prix a été remis à Olivier Pastré qui a co-rédigé avec Jean Marc Sylvestre "Le roman vrai de la crise financière" avec toute son acuité critique et son "esprit libre" que lui connaissent bien tous ceux qui ont assisté à ses conférences passionnantes, les années précédentes à l'Université Groupama et au club du Patrimoine.

Le Prix Spécial du Jury est revenu à Michel Aglietta pour son livre "La crise : pourquoi en est-on venu là, comment en sortir" Michel Aglietta est bien connu de Groupama Asset Management où il exerce un rôle éminent de conseil et participe notamment aux colloques du CEPII dont l'Université Groupama a retransmis les actes sur son site.

Laure Klein a remporté le Prix du jeune talent pour "La crise des subprimes"… Une future intervenante pour l'Université ?

mardi 10 mars 2009

Comment prendre de bonnes décisions tout en réduisant ses coûts ?


Olivier Soudieux est un passionné d’aventure. Sa pratique de la montagne et ses expéditions lui ont donné l’opportunité de vivre seul ou en groupe des expériences hors normes dans des environnements exigeants. En 2001, la seconde ascension du Himlung Himal (7.126 m), avec 9 autres alpinistes.
De 2003 à 2004 : 5 000 km de traversée en l’Himalaya, intégralement à pied, et des ascensions en solitaire de sommets en haute altitude, dont deux à plus de 6 000 m.
En 2009, il part skier 600 km à travers le Spitzberg, à côté du pôle Nord, avec des sourds.

Avant d'être chef d'expédition, Olivier a été chef de projet au sein de sociétés de services en informatique. Dix ans chez Capgemini l’ont amené à gérer des équipes et intervenir sur des projets internationaux.

Fort de cette double compétence, il partage ses expertises avec passion.

"Gravir un sommet de plus de 7.000m dans des conditions de sécurité raisonnables ne s'improvise pas.
En matière de santé, disposer d'une pharmacie adaptée est indispensable. Le matériel allait être transporté à dos d'homme durant des jours, dans des paniers de bambou tressé. Le risque de perte de la pharmacie était loin d'être négligeable pour un élément aussi critique, eu égard aux cabrioles à venir dans un terrain particulièrement accidenté par endroit, et lors des possibles traversées de torrents à gué.
La réponse spontanée à cette question avait été de doubler la pharmacie. Nous avions finalement opté pour deux mesures :
- la répartition de chaque élément de la pharmacie en quantités égales dans deux conteneurs distincts,
- un contrôle avant chaque départ : vérifier que les conteneurs étaient entre les mains des porteurs différents.
Pourquoi ce choix ?
Perdre la totalité de la pharmacie de notre expédition était totalement inenvisageable. En perdre la moitié eu été déplorable, mais gérable néanmoins.
Doubler notre pharmacie était une option présentant un réel intérêt par rapport au choix de la diviser en deux. Mais c'était aussi une option chère. Le ratio bénéfice attendu sur coût n'était pas le meilleur.
Parfois, un simple changement d'organisation rend possible de réduire un risque presque autant qu'investir dans une action coûteuse.
Maîtriser les risques n’est pas nécessairement signer un chèque ! C’est aussi une question d'intelligence et d’organisation pour maximiser les effets au moindre coût ! "
La bonne décision n'est donc ni la plus coûteuse ni la plus économique. C'est celle qui minimise le risque et maximise l'organisation !
Olivier Soudieux intervient depuis 2008 avec succès dans les formations "1 soir 1 jour" de l'Université Groupama "Maîtriser les risques pour être performant et serein en équipe dans un environnement turbulent ».
La prochaine est programmée les 16 et 17 juin. Il reste encore quelques places.

lundi 2 mars 2009

Soixante-sept mille nouveaux entrepreneurs en France depuis le 1er janvier 2009 !


La Loi de modernisation de l’économie du 4 août 2008 a créé le statut de l'entrepreneur individuel communément appelé autoentrepreneur entré en application le 1er janvier 2009. Ce statut s’adresse aux personnes qui ne veulent pas nécessairement créer une société commerciale pour exercer leur nouvelle activité et souhaitent pouvoir débuter ou arrêter facilement leur activité indépendante, que l’on soit étudiant, salarié, fonctionnaire, demandeur d'emploi ou retraité...

L’autoentrepreneur mène une activité professionnelle indépendante, à revenus limités (80.000 euros pour une activité commerciale, 32.000 euros pour une activité de services), à titre principal ou parallèlement à son statut de salarié ou de retraité. Il permet d’exercer son activité sur simple déclaration, fait payer des charges uniquement en fonction du chiffre d’affaires qu’il réalise (13 % du chiffre d’affaires pour une activité commerciale, 23 % pour une activité de services) et protège l’ensemble de son patrimoine immobilier. Les charges sociales et fiscales par exemple sont payées par un prélèvement libératoire mensuellement ou trimestriellement. Enfin il permet de cotiser pour sa couverture sociale et sa retraite.

Pas de chiffre d'affaires = pas de charges sociale ou fiscale

Ce statut fait bénéficier de nombreux autres avantages pour démarrer une activité à votre compte avec le minimum de risque.

Si ce statut est révolutionnaire, c’est parce que, au-delà des mesures administratives, financières ou fiscales, il favorise l’émergence d’une véritable culture entrepreneuriale. En permettant à l’indépendant, au salarié ou au retraité de « tester » l’entrepreneuriat à petite échelle, de façon simple et sans prendre de risque, l’autoentrepreneur s’initie à l’acte d’entreprendre. Il en démystifie les difficultés. L’entrepreneur ainsi désinhibé prendra plus facilement le risque de transformer sa microentreprise en petite entreprise, qui, lorsqu’elle grandira, contribuera à créer des richesses, de l’innovation et de l’emploi.

Cette incitation intervient au bon moment. Le développement des plates-formes de commerce électronique favorise l’émergence de nouvelles opportunités entrepreneuriales. Aujourd’hui déjà, des dizaines de milliers de particuliers achètent et revendent des produits et services sur Internet de façon quasi professionnelle. Demain, l’explosion attendue des services à la personne créera de nouvelles opportunités. Le régime de l’autoentrepreneur s’adapte particulièrement bien à ces nouvelles activités. Il s’avère même indispensable pour encadrer réglementairement cette économie des temps modernes et lutter contre le travail non déclaré. Il permettra à chacun d’exercer son activité selon les mêmes règles du jeu, au sein d’une compétition légalisée.
Entreprendre n’est pas un acte naturel dans notre pays, puisque trois entrepreneurs français sur quatre sont issus d’une famille d’entrepreneurs. Et pourtant, un Français sur deux souhaiterait entreprendre. Le régime de l’autoentrepreneur l’incitera à découvrir que cette aventure est à portée demain.

Le chanteur Jacques Dutronc chantait dans les années 70 avec la mini jupe et la mini Austin : « tout est mini dans notre vie ». Avec la micro entreprise, le micro crédit et la micro assurance, chanterait–il aujourd’hui « tout est micro dans notre vie » ?